Articles

Fermer Biblio critique

Fermer Ici et ailleurs

Fermer Metteurs en scène et interprètes de Corneille

Fermer Non, Corneille n'a pas écrit les oeuvres de Molière ! Nos adhérents réagissent

Fermer Quand on aime, on imite : pastiches et parodies de Corneille

Fermer Spectacles

Annuaire

Fermer Annuaire des membres

Newsletter
Pour avoir des nouvelles de ce site, inscrivez-vous à notre Newsletter.
Captcha
Recopier le code :
Visites

 806616 visiteurs

 4 visiteurs en ligne

Rechercher sur le site



Actualités

JASON.

               Lassés de tant de maux, cédons à la fortune.

MÉDÉE.

Ce corps n’enferme pas une âme si commune ;

Je n’ai jamais souffert qu’elle me fît la loi,

Et toujours ma fortune a dépendu de moi. (III, 3)

 

Amours, magie et trahisons : la tragédie en action

La Médée de Corneille est tout sauf « classique ». Lorsque la pièce est créée en 1635, la dramaturgie et la langue de Corneille font souffler un grand vent de fraîcheur sur les scènes françaises. Le jeune Corneille use librement de toutes les ressources de son art pour insuffler au mythe antique l’éclat et la folie de l’âge baroque. Il construit une tragédie dont les effets dramatiques reposent autant sur l’intensité des dialogues que sur des effets visuels capables de projeter le spectateur dans un monde imaginaire. À une époque qui ne connaît pas encore les rigueurs du classicisme, le surnaturel, le spectaculaire, la violence et le macabre se manifestent sur scène avec excès. Faisant fi de toute vraisemblance, le dramaturge célèbre les pouvoirs de la magicienne Médée et les donne à voir sur scène : Médée préparant un redoutable poison au fond d’une grotte, ouvrant des portes de prison et immobilisant ses interlocuteurs à l’aide d’une baguette magique, ou bien encore consommant son triomphe sur le char flamboyant de son aïeul le Soleil, autant de scènes spectaculaires et parfois violentes propres à impressionner le spectateur.

 

Des personnages puissants et humains à l’excès

Médée, Créon, Jason, et même Créuse, à qui Corneille donne un véritable rôle, contrairement à Sénèque et Euripide, ne sont pas des figures hiératiques, figées dans l’image que le mythe en a gravée, mais des personnages inconstants, violents, injustes, excessivement humains. Ils bouillonnent de jalousie, d’envie, de désir. Ils sont des êtres sensuels, matérialistes, voulant posséder l’un la jeunesse, l’autre une robe plus belle que le soleil, l’autre encore la femme la plus belle. Ajoutons à cela la finesse psychologique de Corneille, qui se déploie dans des dialogues serrés et intenses où chaque parole est un coup porté à l’adversaire. Dans le choc des rivalités, chacun dévoile sa force et ses faiblesses, son inconstance et ses contradictions. Comme toujours chez Corneille, les personnages de Médée sont des êtres libres de leurs choix, et non les instruments d’un destin. Lorsque les dieux entrent en jeu, c’est seulement pour être manipulés par Médée, qui commande au ciel et à la terre.

 

Un personnage féminin fascinant

Si tant d’artistes se sont emparés du mythe de Médée, c’est pour la fascination qu’exerce ce personnage de femme amoureuse, mère et meurtrière. La version de Corneille, relativement peu connue, tout en laissant se déployer la démesure du personnage, justifie d’une certaine façon son geste en nous faisant voir les humiliations qu’elle subit. À la fin, il est bien difficile de désigner lequel est le plus coupable, ce qui rend la pièce d’autant plus troublante et fascinante. Magicienne mais impuissante à se faire aimer, Médée suscite tout à la fois notre terreur et notre pitié.

 

Pour un théâtre baroque expérimental

Notre approche du théâtre baroque est résolument expérimentale : il appartient aux savants de s’interroger sur les réalités historiques des représentations théâtrales du passé ; quant à nous, nous pratiquons le baroque comme un théâtre résolument contemporain, à même de proposer la poésie du passé sous une forme inédite et surprenante. La diction, le jeu frontal et la gestuelle baroques sont des outils remarquables pour saisir tout à la fois l’étrangeté de cet univers tragique, la démesure grandiose des passions et la beauté des vers.

Corneille a choisi de mettre en scène la part fantastique du mythe, et la distanciation instaurée par le baroque est ici notre clef pour représenter le surnaturel. L’éclairage à la bougie, créant une lumière rituelle en clair-obscur inspirée des tableaux baroques, permet d’évoquer des présences fantomatiques, en particulier de figurer visuellement les grands absents de la scène, les enfants de Médée et de Jason. Le décor est constitué d’éléments réfléchissants, fils dorés, panneaux-miroirs dont les mouvements évoquent tour à tour le palais de Créon, la grotte de Médée, le ciel sanglant dans lequel s’élève le char du soleil, emportant la mère infanticide. Ce décor de panneaux et de lignes mouvantes représente un espace mental, le lieu subjectif de la tragédie, le labyrinthe oppressant dans lequel évoluent les consciences. Les costumes jouent également sur cette palette de noir et de doré, avec une attention particulière portée bien sûr à la robe empoisonnée de Créuse, recouverte d’éclats de miroir et de feuilles d’or, reflétant le feu des bougies.

Une théorbiste, présente sur scène, rythme les changements de décor, entrées et sorties des comédiens, à la fois cœur battant du spectacle et compte à rebours vers l’issue inexorable.

Florence Beillacou, directrice artistique

 

La compagnie La Lumineuse et Corneille, de 2012 à 2019

La Lumineuse a débuté en 2012 avec Suréna, la dernière tragédie de Corneille (1674), en diction et gestuelle baroques. La maîtrise dont faisait déjà preuve cette jeune troupe et la beauté du spectacle avaient saisis alors les spectateurs du minuscule théâtre Pixel, au nord de Paris. Quelques extraits du compte rendu paru alors sur le site du Mouvement Corneille :

 

« La Lumineuse : cette toute jeune compagnie mérite déjà son nom, en faisant le choix audacieux d’une pièce naguère encore jugée « obscure », et qu’elle sert avec clarté, probité, intelligence et sensibilité. Dans l’étroite chambre noire du théâtre Pixel, l’éclairage à la bougie souligne le clair-obscur de ce huis-clos qui met chacun des personnages face à ses choix : une « basse et dure politique », ou la fidélité, au prix de la mort, au héros d’honneur et d’amour que chacun et chacune peut porter en soi-même. Valeurs qui nous interrogent certes encore, mais qui s’expriment en des termes venus du passé et dont la déclamation baroque fait entendre l’altérité : à distance de notre univers prosaïque et familier, c’est d’un ailleurs, humain mais plus haut que nous, dont nous parle la tragédie. On tremble, on s’indigne, on admire, et le finale, puissamment pathétique, nous tient un long moment suspendus… On recommandera donc avec chaleur ce beau spectacle à tous ceux qui pensent que la culture peut toucher juste précisément parce que, refusant les facilités de tous ordres, elle comble en nous une indéracinable aspiration à admirer. C’est sur ce ressort que Corneille fondait son théâtre, et que le Suréna offert par « La Lumineuse » fait jouer avec exigence et brio.

Myriam Dufour-Maître, http://www.corneille.eu/articles

 



Si vous copiez puis collez l'adresse suivante

https://rcf.fr/culture/livres/passion-corneille

vous n'avez plus qu'à cliquer sur Passion-Corneille-RTC, et vous pouvez entendre une interview du metteur en scène de La Place royale, Alain Bézu, suivie  d'une prise de parole de notre chère Evelyne Poirel qui s'est tant dévouée à la mémoire des Corneille et à notre Mouvement, puis des lycées qui ont participé à la représentation.


Alain Bézu a eu la même exigence avec les lycéens qu’avec des professionnels (photo Serge Lamoureux)

Rouen : 14 lycéens sur les planches pour 10 représentations de La Place royale de Corneille, du 22 juin au 7 juillet 2018

 

Théâtre. Des lycéens de la Métropole donneront dix représentations de « La Place royale » de Corneille dans son intégralité au Temple Saint-Éloi dès demain soir.

Il n’est pas question ici d’un spectacle de fin d’année au sens dilettante du terme, mais bien de vraie représentation. C’est tout l’attrait de ce projet ambitieux lancé par Gérard Granier, président de l’Académie des Sciences Belles-Lettres et Arts de Rouen, et le metteur en scène Alain Bézu. Le défi était de taille en effet : faire jouer l’intégralité d’une pièce classique par des lycéens. En l’occurrence La Place royale de Pierre Corneille, peut-être pas sa plus connue, mais la préférée d’Alain Bézu chez l’illustre dramaturge et poète Rouennais.

« J’ai toujours eu un goût pour les œuvres injustement méconnues des grands auteurs, confie-t-il. Il l’a écrit un an avant Le Cid. Outre le fait que je l’aime pour son thème “ la passion amoureuse confrontée au désir de liberté, c’est-à-dire peut-on être amoureux sans ressentir les chaînes ”, comme l’écrit Corneille, cette pièce a aussi pour particularité de n’avoir pour personnages que des jeunes gens. Il n’y a pas d’adultes. » D’où son choix.

« Une vraie expérience de vie »

Issus de cinq lycées de la Métropole Rouennaise (Jeanne-d’Arc, Bruyère, Sambat, Val-de-Seine et Vallée-du-Cailly), ils sont quatorze élèves de seconde à avoir relevé le défi, après une année de travail et de préparation sur leur temps scolaire car ce projet a le soutien du rectorat. Épaulé par deux comédiennes, Sophie Caritté et Karine Preterre, Alain Bézu est allé dans les classes au cours du premier trimestre pour initier les jeunes au théâtre et déceler ceux qui feront partie de la distribution finale. Ils ont été auditionnés pour constituer cette liste. Les quatorze jeunes retenus sont ensuite passés au concret : monter cette pièce.

Comme des pros

Les deux comédiennes se sont chargées de l’apprentissage de la scène et Alain Bézu les a sensibilisés aux alexandrins de Corneille. « Mon idée c’était de me comporter avec eux exactement comme avec des comédiens professionnels, avec la même exigence, explique le metteur en scène. Là, ils ont appris le théâtre », sourit-il.

« On a toujours tort de penser qu’on va obtenir quelque chose des gamins en étant laxiste, en acceptant qu’ils soient en retard, etc. Il y avait une règle du jeu et je n’ai rien lâché. » Et ça a payé. « Je n’ai pas toujours rigolé, j’ai dû leur rappeler, parfois, que le silence était nécessaire pour écouter les autres, qu’il fallait aussi qu’ils se concentrent. »


La Place Royale, Alain Bézu/Lycéens - par Webmaster Corneille le 04/07/2018 @ 13:58

eekeekeek

 

 


DébutPrécédent [ 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 ] 10 pages suivantesSuivantFin
 
Skins Papinou © 2007 - Licence Creative Commons

Webmaster : Olivier Armand
^ Haut ^